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Le péage kilométrique aux Pays Bas: l’appel d’offres inutile

10 février 2009Voilà. Notre réponse à l’appel d’offre lancé par les Pays-Bas pour mettre en place un péage kilométrique destiné aux véhicules de transport routier vient d’être remise et acceptée par le ministère concerné.

Pourtant, la position du ministère avait été clairement affichée.

Il n’accepterait pas notre remise si elle n’était pas conforme au cahier des charges produit. Mais cette non-conformité portait exclusivement sur les solutions mises en œuvre pour atteindre les objectifs recherchés par l’administration et non, sur les objectifs précisés dans le cahier des charges.

Même si une longue liste d’exemples montre que les entreprises sont beaucoup plus performantes que les administrations pour, d’une part, définir et trouver des systèmes efficaces et d’autre part, les mettre en œuvre, les administrations acceptent toujours très difficilement cet état de fait notamment, lorsque les solutions proposées sont très éloignées de celles qu’ils préconisent.

Et cet écart entre l’administration et l’entreprise est d’autant plus marqué que le sujet comporte une forte composante technologique.

Des enjeux considérables

Conscient qu’il s’agissait du premier appel d’offres en Europe, et dans le monde, sur ce sujet éminemment stratégique tant, du point de vue économique que du point de vue politique, les Pays-Bas avaient pourtant bien préparé leur affaire.

Poussé par le niveau élevé d’utilisation de leurs infrastructures routières et de la saturation très fréquente de celles-ci, les Pays-Bas ont menés, pendant de longues années, de nombreuses études sur la mobilité et le péage kilométrique.

D’ailleurs, le budget dégagé pour effectuer les essais préalables indispensables à la mise au point du dispositif de péage kilométrique et à la définition des spécifications correspondantes était conséquent (près de 160 millions d’euros).

Il témoignait, à l’évidence, de l’importance de cette question pour l’Etat néerlandais et de sa perception des difficultés à surmonter pour aboutir.

Des objectifs partagés

Sur la finalité décrite dans l’appel d’offres, rien à dire.

Soumettre tous les véhicules et tous les réseaux routiers du pays au péage kilométrique est effectivement la voie à suivre pour gérer efficacement, et de façon optimale, l’utilisation des infrastructures routières disponibles afin d’offrir aux usagers des alternatives leur permettant de choisir, pour chacun de leurs déplacements, le moyen de transport le plus adéquat à leurs besoins.

De surcroît, la modulation tarifaire est également un facteur indispensable pour inciter les usagers à reporter leur demande de trafic à un autre moment ou sur un autre mode de transport.

Les objectifs décrits dans le cahier des charges montraient bien que le sujet avait été très attentivement examiné par les ministères concernés.

Des modalités divergentes

Les caractéristiques du réseau routier et l’étendue des zones soumises au péage kilométrique imposaient la seule technologie utilisable : celle basée sur la géolocalisation satellitaire.

Mais, à l’heure où l’appel d’offres est lancé, il reste encore de nombreuses modalités techniques à régler. Par exemple, au niveau des équipements embarqués.

Dans un futur très proche, l’évolution des terminaux de téléphonie mobile permettra aux produits de grande consommation d’atteindre un niveau de qualité de service tout à fait compatible avec le péage kilométrique.

Or, les équipements embarqués représentent une partie conséquente des investissements nécessaires à l’implantation du péage kilométrique. Aussi, la possibilité d’éviter de recourir à des équipements spécifiques constitue un élément important de l’équilibre économique de ce projet d’implantation du péage kilométrique.

Un autre exemple concerne la sécurité des transmissions.

Le choix des Pays-Bas en matière de sécurité des transmissions était basé sur l’utilisation de protocoles intégrant la gestion de clefs publiques et clefs privées.

Cette technologie, aussi efficace soit elle, ne permet pas de gérer un volume de connexions aussi grand que celui généré par l’ensemble du parc de véhicules circulants à l’échelle d’un pays.

De nombreux autres exemples pourraient également être pris. Ils démontrent tous, la nécessité d’adapter les besoins exprimés aux technologies disponibles et/ou en devenir.

Conclusion

  • « C’est toujours l’impatience de gagner qui fait perdre ».
  • Les Pays-Bas, pays connu pourtant pour leur pragmatisme, auraient du se remémorer cet adage de Louis XIV.
  • Parti trop tôt, cet appel d’offres ne pourra assurément pas aboutir.
  • Construit sur de mauvaises bases, en l’occurrence une solution conçue par des fonctionnaires, il ne peut aboutir qu’à une catastrophe dont la répercussion politique forte entacherait un peu plus la confiance des citoyens dans les capacités de leur administration à mener à bien les projets essentiels au développement du pays.
  • L’avenir nous dira si notre analyse se révèle pertinente.