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Petite leçon d’économie à l’attention du ministre Macron

14 novembre 2014

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Pourquoi mettre en avant, aux yeux du monde, l’incompétence de la haute administration et du gouvernement français ?

Il y a quelques jours, tous les projecteurs se sont subitement braqués sur les sociétés concessionnaires d’autoroutes.

Leur faute : dégager des profits trop importants.

Le ministre de l’économie, Emmanuel Macron, trouvant une caisse de résonnance de choix (le think tank Terra Nova) jure alors d’y remédier rapidement … par la baisse des tarifs.

Peut-on sérieusement le croire ?

Un profil brillant qui déçoit

Jeune, présenté comme maîtrisant parfaitement les questions et les arcanes économiques grâce à son passage (très court en réalité) dans une banque d’affaires renommée, le ministre Macron passe pour l’un des (derniers) atouts du Président Hollande.

Si les écarts commis depuis son arrivée à Bercy pouvaient être mis sur son manque d’expérience ministérielle (à quoi sert donc l’ENA ?), sa dernière sortie sur les profits des sociétés concessionnaires d’autoroutes est d’une autre nature car elle montre une réelle incompétence en matière économique.

Pourquoi ?

Simplement parce qu’elle révèle au grand jour, qu’en réalité, le ministre de l’économie qui, lors de son passage chez Rothschild et Cie avait négocié de grosses transactions, ne sait simplement pas comment est valorisée une entreprise.

Rappelons-en les bases.

La valeur d’une entreprise (c’est-à-dire le montant que l’on est prêt à payer aujourd’hui pour recevoir les profits futurs de cette entreprise) est basée, entre autres, sur la « visibilité » des profits (c’est-à-dire leur niveau de probabilité) et le niveau des profits futurs actualisés.

En clair, on est prêt à payer plus cher une société qui génère (ou qui peut générer) de forts profits, qu’une société qui génère (ou peut générer) de faibles profits.

De même, on est prêt à payer plus cher une société dont les profits futurs peuvent être déterminés avec une forte certitude (concessionnaires ou délégataires de services publics), qu’une société dont les profits annoncés restent très aléatoires.

Qu’en est-il des concessions autoroutières ?

Lors de la privatisation de ces concessions, l’Etat et ses conseils ont :

  1. déterminé les profits futurs des sociétés concessionnaires d’autoroutes en fonction des contraintes qui leur seraient imposées (maintenance et rénovation des équipements, évolution des tarifs et de la fiscalité, …), pendant toute la durée de leur concession ;
  2. actualisé ces profits annuels estimés pendant toute la durée de la concession pour obtenir la valeur des concessions proposées aux investisseurs.
  3. empoché les sommes versées par les acheteurs au prix convenu (qui intègrent donc les profits futurs).

Les investisseurs ont assumé le risque concernant l’évolution du niveau de trafic (d’ailleurs inférieur depuis 2008 aux prévisions en raison de la crise économique qui sévit) et les renégociations permanentes avec l’Etat sur le programme de construction de nouveaux ouvrages ou de rénovation des ouvrages existants.

Ils ont supporté, en outre, des hausses de la taxe d’occupation du domaine public autoroutier.

Le niveau de profits qui semblent aujourd’hui si abusif ne résulte, en pratique, que de la stricte application des clauses de ces contrats et non d’éléments nouveaux.

On peut même prédire que ces profits deviendront de plus en plus « abusifs », puisque les charges financières baisseront naturellement du fait du remboursement des emprunts.

Alors, de deux choses l’une.

Si certains éléments des contrats de concession n’ont pas été pris en compte pour la détermination des profits futurs, le ministre de l’économie doit immédiatement engager la responsabilité des personnes en charge de l’évaluation de ces concessions (les inspecteurs des finances et les banquiers conseils de l’Etat).

En revanche, si tous les éléments de ces contrats ont été pris en compte, les profits observés, même s’ils paraissent disproportionnés, ont été intégrés dans la valeur des concessions.

Vouloir modifier la rentabilité de ces contrats, c’est revoir le prix payé par les acquéreurs de ses concessions et leur faire payer l’incurie de l’Etat et de ses conseils.

Conclusion

  • La première question à se poser dans le dossier des privatisations des autoroutes françaises n’est pas de savoir si les profits que tirent les sociétés concessionnaires d’autoroutes sont élevés ou pas mais, de savoir, si l’évaluation de ces concessions a été bien faite et, dans la négative, d’en faire payer la note aux responsables.
  • On pourra d’ailleurs s’intéresser à l’utilisation des milliards d’euros (une vingtaine) encaissés par l’Etat à cette occasion ; l’endettement de la France ayant continué à croître dans le même temps.
  • Enfin, on doit surtout s’interroger sur la volonté des investisseurs à accepter de financer les infrastructures futures d’un Etat dont les engagements passés peuvent être remis en cause dès qu’il a besoin de trouver des boucs émissaires pour faire diversion sur sa propre incurie.