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Pourquoi les Etats sont-ils toujours en retard au niveau technologique?

20 juin 2012Afin de permettre aux Etats de profiter des effets bénéfiques de la mise en concurrence, des procédures visant à règlementer la passation des marchés publics ont été établies.Mais ces procédures restent-elles pertinentes lorsqu’il s’agit de marchés comportant une forte composante technologique ?

Une procédure longue

La procédure de passation d’un marché public comporte de nombreuses étapes :

  1. Analyse des besoins
  2. Rédaction du cahier des charges
  3. Appel au marché
  4. Réception des offres
  5. Analyse des offres
  6. Recours (de plus en plus fréquent)
  7. Passation du marché
  8. Exécution du marché

Elle concerne non seulement le marché lui-même mais également tous les marchés associés comme, par exemple, le marché visant à sélectionner les conseils du pouvoir adjudicateur.

Pour reprendre la formule célèbre de Fernand Raynaud, chacune de ces étapes prend … un certain temps et l’ensemble de la procédure dure souvent plusieurs années, notamment lorsqu’il s’agit de projets importants et/ou de projets à forte composante technologique.

Des technologies qui évoluent très rapidement

Les nouvelles technologies de l’information et de la communication sont devenues la pierre angulaire de nombreux projets.

Leur évolution s’est fortement accélérée au cours des dernières décennies et cette accélération ne semble pas devoir mollir dans les années à venir.

Des technologies qui répondent à une logique d’offre

Les nouvelles technologies de l’information et de la communication se caractérisent aussi par le fait qu’elles répondent à une logique d’offre et non pas de demande.

Les fournisseurs s’imposent sur le marché grâce à des produits nouveaux qu’ils lancent, d’emblée, sur un marché mondial où les positions évoluent très rapidement.

En quelques années Samsung s’est hissé à la première place des fabricants de terminaux de téléphonie mobile alors que, dans la même période, Nokia, qui en fut longtemps le leader, y a complètement perdu pied.

Des enjeux économiques considérables

L’innovation étant le maître-mot de la compétition entre les acteurs de ce marché, leurs axes de recherche et leurs stratégies commerciales constituent des secrets solidement gardés qui ne sont accessibles qu’à un nombre très restreint d’experts externes à ces entreprises.

Or, cette connaissance est fondamentale pour anticiper les produits et les services pouvant être attendus dans le futur, tant proche que plus lointain et être demandés aux soumissionnaires.

Des administrations démunies

La première étape des procédures publiques consiste certes à décrire les besoins à satisfaire mais également à définir les critères à retenir pour sélectionner les soumissionnaires or, sans connaître les possibilités qui s’ouvriraient au moment où le marché sera attribué et plus encore au moment où il sera exécuté, le choix des indicateurs retenus par le pouvoir adjudicateur ne peut qu’être erroné.

De surcroît, les cahiers des charges comportent généralement, la fourniture de « références » sous forme de réalisation déjà effectuées par les soumissionnaires pour des demandes similaires au marché lancé.

Si ces références sont destinées à montrer les capacités des soumissionnaires à mener leurs engagements à bonne fin en pratique, elles pèsent très lourdement dans le choix du pouvoir adjudicateur.

Mais, que penser de références n’intégrant pas les nouvelles technologies concernées ?

Des références sans valeur

Prenons un exemple concret : le traitement informatique de très grands volumes de données.

Lorsque le volume de données à traiter devient trop important pour être effectué par un seul ordinateur (un serveur), il convient d’en utiliser un second et, quand les capacités de ce second deviennent elles aussi insuffisantes, il convient d’en ajouter un troisième et, ainsi de suite jusqu’à disposer d’un nombre d’ordinateurs suffisants pour traiter le volume de données considéré.

Sur le papier, il peut sembler que deux ordinateurs ont une capacité de traitement double d’un seul ordinateur, trois, du triple et ainsi de suite.

Pourtant, ce n’est pas ce qui se passe dans la réalité.

Tous les informaticiens savent la difficulté à atteindre une parallélisation linéaire (c’est-à-dire que x ordinateurs atteignent une capacité de traitement proche de x fois celle d’un seul ordinateur).

Cette difficulté peut nécessiter la mobilisation de nombreux informaticiens sans pour autant être assuré d’aboutir, en particulier surtout lorsqu’il s’agit de traiter de très grands volumes de données, en temps réel.

Une parallélisation insuffisante se traduit par des coûts d’investissement, de fonctionnement et de maintenance plus élevés et surtout, par un risque de dysfonctionnement beaucoup plus grand

Un postulat erroné.

La demande de références passées peut paraître sécurisante pour un pouvoir adjudicateur pourtant, elle est fondée sur un postulat erroné à savoir, que le futur n’est que la continuité du passé.

L’histoire de l’informatique, nous a appris que les leaders mondiaux dans 10 ans n’existent pas aujourd’hui et que les entreprises qui détiennent aujourd’hui les premières places risquent bien d’être emportées par la tourmente dans quelques années.

C’est parce que l’implantation du péage kilométrique soulèvent de nombreuses difficultés qui restent à résoudre que les Pays-Bas avaient prévu, dans l’appel d’offres visant à implanter un péage kilométrique pour les véhicules de plus de 3,5 t circulant sur leur réseau routier, de consacrer une enveloppe financière de plus de 160M€ pour financer des tests préalables à l’implantation de ce nouveau type de péage.

Conclusion

  • La procédure d’appel d’offres est destinée à permettre aux pouvoirs adjudicateurs d’obtenir les meilleures offres du marché.
  • Elle se révèle peu pertinente pour les marchés qui comportent une composante technologique car l’évolution des technologies est devenue si rapide, notamment dans le domaine des nouvelles technologies de l’information et de la communication, que le temps administratif et le temps technologique se trouvent déconnectés.
  • Enfin, l’impossibilité pour les Etats d’accéder aux informations et aux stratégies des acteurs du marché ainsi que la prise en compte de références passées, empêchent les Etats de bénéficier d’innovations majeures et rend leurs choix obsolètes, souvent d’ailleurs, avant même que le marché ne soit attribué.