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Un TGV dépassé.

6 novembre 2014

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Les technologies de l’information et de la communication (TIC) ont complètement bouleversé le rapport au temps en permettant, où que l’on se trouve, d’effectuer, à distance, un éventail de plus en plus large de tâches.

Que l’on soit à l’arrêt ou en mouvement, chaque moment de la journée peut désormais être mis à profit pour travailler seul et même, de manière collaborative.

Le temps consacré à attendre ou à voyager n’est dorénavant plus réellement perdu puisqu’il peut être mis à profit facilement et à moindre coût.

Le temps de déplacement ne constitue donc plus un facteur limitant.

Quel impact l’évolution des TIC peut-elle avoir sur le transport ferroviaire à grande vitesse ?

Constatant que la rentabilité annoncée lors des études d’implantation d’une ligne ferroviaire à grande vitesse était très surévaluée par rapport à celle constatée en phase d’exploitation, la Cour des Comptes française a recherché dans quelles conditions une ligne ferroviaire à grande vitesse pouvait être économique rentable.

Dans un récent rapport, elle rappelait les conditions de pertinence d’une ligne ferroviaire à grande vitesse :

  1. relier deux bassins de population importants, distants de 1h30 et 3h de temps de trajet à grande vitesse ;
  2. compter peu ou pas d’arrêts intermédiaires durant le parcours ;
  3. circuler à une grande fréquence ;
  4. atteindre un taux d’occupation élevé ;
  5. articuler l’offre de transport à grande vitesse avec celle des autres modes de transports.

Ces conditions retenues sont-elles suffisantes ?

Assurément non.

L’offre TGV vise à faire gagner du temps or les TIC ont effacé une grande partie de cet avantage.

Deux conséquences évidentes en découlent :

  1. l’utilisation du TGV ne concerne plus que les personnes ayant l’obligation de se déplacer physiquement, rapidement et sur une longue distance : une population de plus en plus réduite.
  2. une baisse importante des tarifs destinée à capter des usagers qui ne sont plus disposés à payer un supplément pour un avantage devenu inexistant.

La réduction prévisible de la demande de transport ferroviaire à grande vitesse, même entre deux bassins de population importants, rend caduque deux conditions nécessaires à la rentabilité de ce type de ligne : circuler à grande fréquence et atteindre un taux d’occupation élevé.

Un précédent pas si lointain

Le Concorde répondait aux besoins d’une clientèle limitée en volume mais pour laquelle, le prix de passage, même très élevé par rapport aux avions classiques, restait très rentable.

Depuis, le Concorde ne vole plus et aucun avion supersonique n’est venu le remplacer pour couvrir une demande initiale qui a fondu comme neige au soleil, supplantée par la vidéoconférence.

Réduire le temps des vols intercontinentaux n’es, ainsi,t plus une priorité et a été supplanté par la recherche d’un meilleur confort avant et pendant le vol.

Un passage en force peut-il pallier cette évolution ?

La réponse est clairement non.

Prenons comme exemple la ligne Paris- Lille où l’offre de train CORAIL a été totalement remplacée par l’offre TGV, sans chercher à connaître les réels besoins des usagers.

Comparons ces deux offres.

La durée de voyage en TGV est d’une heure quand celle en Corail était de 2h20 minutes.Mais cet écart apparemment important résulte surtout du fait que le TGV ne s’arrête pas sur le trajet alors que le train Corail marquait plusieurs arrêts.Dans les mêmes conditions, l’écart constaté n’aurait pas dépassé 40 à 45 minutes.D’ailleurs la durée de voyage des TGV nord desservant Arras dure 15 minutes de plus que le trajet direct … on n’est donc pas si loin des performances du Corail.Bien évidemment, la substitution a fait exploser les tarifs et la dernière grille tarifaire de la SNCF a encore provoqué une forte augmentation du prix du billet.

Une partie de la demande s’est déportée vers des solutions alternatives moins coûteuses : le covoiturage et le transport par les autocars IDbus (filiale de la SNCF) malgré un temps de trajet de l’ordre de 2h30 minutes.

Le ministre de l’économie rappelait récemment qu’ « À l’heure actuelle beaucoup de Français sont trop pauvres pour prendre le train qui est trop cher ». Dont acte.

Conclusion

  • Que l’on soit en mouvement ou non et indépendamment de l’endroit où l’on se trouve, les TIC ont effacé les pertes de temps en permettant d’effectuer, à distance, un éventail de plus en plus large de tâches.
  • Les trains à grande vitesse perdent ainsi leur avantage majeur et deviennent un moyen de transport réservé à une frange réduite d’utilisateurs.
  • Cette nouvelle cible d’usagers ne permet pas de trouver l’équilibre économique de ces infrastructures.
  • Une forte baisse du prix des billets attirera la clientèle nécessaire pour faire circuler ces trains à grande fréquence et permettra d’atteindre des taux de remplissage élevé.
  • L’équilibre financier sera-t-il pour autant atteint ? Rien n’est moins sûr.